Les enjeux économiques de la santé au travail

Pour saisir les enjeux économiques de la santé au travail, il faut distinguer d’une part des éléments liés aux coûts de la non-santé, et d’autre part la contribution potentielle du capital santé à la performance économique et sociale.  Concernant les conséquences de la non-santé, de nombreuses statistiques sont disponibles.

A titre d’exemple, les données d’Eurostat, l’agence européenne de la statistique sociale et économique montrent qu’en moyenne, annuellement,3,2 % des travailleurs de l’Union Européenne (UE-27, soit 7 millions de personnes ) sont victimes d’un accident du travail, tandis que 8,6 % indiquent rencontrer des problèmes de santé liés au travail (Source: Eurostat, 2010).

Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), les accidents du travail et maladies professionnelles « coûtent » environ 4% du PIB mondial (source: rapport de l’Organisation Internationale du Travail, « La prévention des maladies professionnelles », 2013.

Plus spécifiquement, les problèmes psychologiques de tous types, et notamment le stress, représentent 3% du PNB de l’UE.  Ainsi, à lui seul le stress couterait environ 20 milliards par an aux Etats membres  (cf. pour plus de détails, les rapports de l’European Agency for Safety and Health at Work).

Les éléments cités ci-dessus établissent de manière claire que les enjeux financiers de la santé au travail sont gigantesques, puisque ceux-ci se comptent en points de PIB.  Cette vision économique n’est pourtant pas suffisante pour rendre compte complétement des enjeux.

En effet, il s’agit là d’une démonstration « en creux », c’est-à-dire qui ne s’attache qu’aux coûts, plus ou moins directs, de la non-santé.  Or, comme le rappelle l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), le bien-être ne se réduit pas à l’absence de problèmes de santé –il faut aussi considérer le bien-être au travail.

Cette notion est étudiée depuis les années 2000 en sciences de gestion, notamment dans le courant de la psychologie positive, où les chercheurs tentent d’établir ses causes et ses effets.  Notons toutefois que si les études sur les déterminants du bien-être sont nombreuses, rares sont celles qui documentent et explicitent les effets positifs de la santé au travail et du bien-être sur la performance (au sens large du terme).

Une étude exploratoire de Wright et Cropanzano (2000) rapporte une association positive entre le sentiment subjectif de bien-être et la performance des employés.  En réalité, il est très difficile d’apporter une démonstration du rendement des investissements et dépenses visant à préserver et accroitre la capital santé.  Selon une enquête pilotée par des chercheurs allemands, portant sur 337 entreprises de 15 pays (n’incluant pas, hélas, la France) les investissements pour la santé et la sécurité au travail produisent un rendement moyen de 2.24, et compris entre 1.29 et 2.89, selon les entreprises. En d’autres termes,

Investir 1 euro dans le capital santé de l’entreprise peut conduire à générer 2,2 euros de gains, une fois pris en compte les coûts de mise en œuvre de ce type de mesures.

Il faut noter qu’il s’agit d’une approche subjective, utilisant des données auto-rapportées. A notre connaissance, il n’existe pas encore, en France notamment, d’étude quantitative d’ampleur suffisante pour ajouter un argument stratégique à l’impératif moral d’investir dans la santé et le bien-être au travail.

Néanmoins un important faisceau de preuves existe.