Comprendre l’impact du stress sur la santé

Parmi les grands enjeux de la santé au travail, le stress occupe une place centrale. Il est estimé qu’en moyenne dans les pays de l’Union Européenne, annuellement, environ 4 jours d’absence par travailleur sont causés par le stress, soit un total de 600 millions de jours de travail (Cox, Griffiths et Rial-Gonzalez, 2000).De même, comme l’illustre le graphique 1 ci-dessous, parmi les différents stresseurs perçus par les européens dans le cadre de leur travail, le stress est en tête de liste.

Graphique 1 : Les principaux stresseurs perçus par les travailleurs européens.

Source : Flash Eurobarometer 398 – Working Conditions. 2014, European Commission. P. 56.

Dans l’optique de sélectionner, puis, de mettre en place une action volontariste visant à réduire les coûts de la non-santé, et à saisir les bénéfices d’un capital santé élevé, il est donc nécessaire de comprendre le rôle du stress.

Dans une acception biologique commune, le stress désigne l’ensemble des réponses d’un organisme soumis à des pressions ou contraintes de la part de son environnement. Il s’agit d’une séquence complexe d’événements provoquant des réponses physiologiques, et psychosomatiques.

Par extension tous ces événements sont, dans le langage courant, également qualifiés de stress –ce qui prête à confusion. Définir précisément la notion de stress est une tâche qui demanderait des développements incompatibles avec le format de ce chapitre ; retenons néanmoins les éléments de langage suivants : le stress est un processus psychobiologique qui permet à l’individu de s’adapter à son milieu. Les sources du stress, les stresseurs, sont multiples, comme par exemple la charge de travail, les agressions verbales, un environnement de travail bruyant, etc. Enfin, les conséquences liées à un processus d’adaptation déficient, incluent par exemple le syndrome d’épuisement professionnel (ou burnout), ou des comportements pathogènes tels que la consommation d’alcool ou une alimentation exagérément riche. Toutefois, tous les stresseurs potentiels n’entraînent pas automatiquement un stress, seuls les événements perçus comme stressants le déclenchent.

 

Présentation schématique du stress, par Dr G.Soenen, Professeur, emlyon business school

Le stress est donc une réalité subjective : ce qui déclenche un stress chez un individu peut passer totalement inaperçu pour son collègue pourtant exposé à ce même stresseur potentiel. De même, ce que j’affronte aujourd’hui sans « stress » peut demain se révéler comme stressant, voir insurmontable, car mes ressources adaptatives fluctuent au jour le jour. Le cerveau est donc en quelque sort l’organe central du stress (McEwen, 1986). C’est l’organe qui détermine ce qui constitue une menace et, par conséquent, une éventuelle source de stress. Une fois un événement perçu comme stresseur, c’est également le cerveau qui détermine les réponses comportementales, ainsi que les réactions physiologiques, lesquelles peuvent être soit adaptives, soit dommageables. Ce processus est connu sous le terme de coping (cf. Folkman et collègues, 1986), c’est-à-dire ajustement.

Les recherches de McEwen sur la surcharge  allostatique[1] permettent de comprendre qu’au-delà de la réaction de fuite ou de lutte typique du stress aigu, certains événements de la vie quotidienne, et notamment de la vie au travail (qui représente  en moyenne 50% du temps conscient), engendrent un type de stress chronique qui finit par  endommager  l’organisme. En particulier, selon l’hypothèse de la « cognition persistante », c’est la rumination mentale focalisée sur un stresseur –présent ou anticipé- qui, se prolongeant, épuise les ressources d’adaptation de l’individu et conduit aux conséquences aigues du stress, telles l’atteinte du sommeil et les syndromes d’épuisement professionnel.

 

[1] La charge allostatique, terme médical que l’on trouve au centre de nombreux travaux sur le stress, renvoie aux conséquences physiologiques induites par l’activation des systèmes hormonaux de régulation du stress.